« Nous sommes là par nécessité » : des milliers de personnes bloquent une usine de pesticides
Des dizaines de tracteurs se sont élancés aux côtés des manifestants vers l'usine Syngenta dans l'Eure. - © Pierre-Yves Lerayer / Reporterre
Des dizaines de tracteurs se sont élancés aux côtés des manifestants vers l'usine Syngenta dans l'Eure. - © Pierre-Yves Lerayer / Reporterre
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Un tour de force. À l’appel de Cancer Colère, des Soulèvements de la Terre, de la Confédération paysanne et des victimes des pesticides, un cortège de plusieurs milliers de personnes a forcé l’arrêt d’un site de l’industriel Syngenta.
Saint-Pierre-la- Garenne (Eure), reportage
La mobilisation était massive. Ce samedi 3 octobre, à Gaillon dans l’Eure, des milliers de personnes — 15 000 selon les organisateurs — et des dizaines de tracteurs se sont élancés à 15 heures en direction de l’usine de production de pesticides Syngenta implantée à Saint-Pierre-la-Garenne, et voisine du site de Nufarm, géant de l’agrochimie. En tête de cortège, une banderole « Qui répand la mort, récolte la colère » et « Stop pesticides » ouvre la mobilisation appelée par Cancer Colère, la Confédération paysanne, le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest (CSVPO) et les Soulèvements de la Terre, avec l’appui de plus de cinquante organisations syndicales, paysannes, décoloniales et écologistes, ainsi que celui de soignantes et soignants. Une « composition inédite », soulignent les organisateurs. Ils indiquent que « des habitantes des quatre coins du pays dont les points de captage d’eau, les terres et la santé sont intoxiqués par Syngenta ont affrété des bus pour participer à la journée ».
« Nous ne sommes pas là par choix, ni par idéologie, mais par nécessité », a souligné Fleur Breteau, de Cancer Colère. Plusieurs victimes des pesticides et leurs proches, paysans ou riverains, ont pris la parole, et « brandi les étendards » de leurs maladies ou celles de leurs proches. Des pancartes ont ensuite été plantées dans un champ en face du site de Syngenta, comme autant de tombes devant la multinationale. « Nous avons déjà réalisé un tour de force », annonce Thomas Gibert, porte-parole de la Confédération paysanne, en indiquant que l’usine a cessé sa production dès jeudi 1ᵉʳ octobre, en amont de la manifestation.
Désarmer les sites de production de pesticides
Cette mobilisation massive est une nouvelle étape dans une campagne d’action visant à « occuper, bloquer et désarmer les sites de production de pesticides du pays ». Elle fait notamment suite à l’intrusion en novembre dernier de paysans et malades dans le site BASF de Saint-Pierre-lès-Elbeuf, à 40 km de là. C’est aussi la première grande manifestation suite à la promulgation cet été de la loi d’urgence agricole et du règlement européen Omnibus.
Cette manifestation s’inscrit dans une mobilisation coordonnée au niveau international. Un cortège décolonial était présent pour dénoncer « le colonialisme chimique » opéré par Syngenta, notamment en Palestine. Depuis vendredi 2 octobre, des actions simultanées ont également eu lieu au Pakistan, en Suisse, au Costa Rica, en Angleterre, en Argentine, aux États-Unis, en Suède, en Autriche et au Brésil, selon les organisateurs.