« Ils disent qu’on met la forêt en danger alors qu’ils vont la couper » : la zad contre la LGV Bordeaux-Toulouse expulsée
De nombreux gendarmes sont venus expulser la «zad du milieu» construite pour protéger la forêt de la LGV Bordeaux-Toulouse. - © Timothée Buisson / Reporterre
De nombreux gendarmes sont venus expulser la «zad du milieu» construite pour protéger la forêt de la LGV Bordeaux-Toulouse. - © Timothée Buisson / Reporterre
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Pour empêcher les premiers travaux de la LGV Bordeaux-Toulouse, des opposants avaient installé une zad dans un bois privé. Leur campement a été démonté par la gendarmerie.
Feugarolles (Lot-et-Garonne), reportage
Sur le chemin qui mène au campement de la « zad du milieu », un habitant venu garnir les rangs de la mobilisation s’amuse du « curé [qui] a mis la pelle en travers du chemin ». Il ne s’agit pas d’un message codé. Dos à des véhicules de gendarmerie, Jean-Jacques, 76 ans, curé à la retraite, remblaie le chemin d’accès qui mène vers son bois à l’aide d’une mini-pelle. « Vous avez vu l’état du chemin ? Il va pleuvoir ce soir, donc il faut l’entretenir, je ne veux pas qu’il se creuse », nous explique, en guise d’alibi, cet allié de la lutte contre la LGV Bordeaux-Toulouse, un sourire en coin.
Mercredi 30 septembre au matin, une intervention de gendarmerie était prévue au bois de Lacoué, à Feugarolles (Lot-et-Garonne), sur des parcelles dont il est propriétaire. Des déboisements sont prévus dès le 1ᵉʳ octobre dans le cadre de fouilles archéologiques préalables aux travaux. C’est au cœur de ce bois de feuillus que des militants ont installé une zad, il y a près de deux semaines.
Mardi 29 septembre, un arrêté préfectoral avait été publié afin de démonter les cabanes construites par les opposants. La justification : « Prévenir le risque d’éclosion d’un incendie » en faisant valoir une vigilance orange risque sur le Lot-et-Garonne. Le jour de l’arrêté préfectoral et lors du démontage de la zad, Météo-France annonçait pourtant une vigilance verte feux de forêts sur le département, soit le plus faible niveau d’alerte.
Jean-Jacques, né à Feugarolles, est opposé à ce projet qu’il juge « d’un autre temps » : « Les gens qui payent pour ce projet — avec leurs impôts et la détérioration des zones naturelles et agricoles — ne sont pas ceux qui vont en profiter. »
L’autoroute ferroviaire Bordeaux-Toulouse permettrait de gagner 56 minutes de temps de trajet entre les deux métropoles, selon les porteurs du projet. Mais au prix de l’artificialisation de 4 800 hectares de terres, d’après le collectif LGV Non Merci, dont plus de la moitié de forêts et de zones humides. Et pour un coût gigantesque : en début d’année 2026, des études financières ont réévalué le coût de la LGV à plus de 20 milliards d’euros.
« Ils disent qu’on met la forêt en danger alors qu’ils vont la couper »
Dans le vallon où s’est établie la zone à défendre, le réveil des occupants est brumeux. « J’ai rêvé qu’on se faisait expulser », a raconté l’une d’elles, dans la pénombre de l’aube. Après l’évacuation de la Guinguette vaillante, les militants pensaient avoir trouvé, avec ce bois privé, une manière d’occuper le terrain sans être délogés.
« Ils disent qu’on met la forêt en danger alors qu’ils vont la couper », relève Lou, une occupante. Notre discussion a été interrompue par l’arrivée d’une vingtaine de gendarmes sur le site.
Ils ont verbalisé une dizaine de personnes, dont des habitants venus garnir les rangs. Puis, des agents de la communauté de communes Albret Communauté, réquisitionnés pour le déblayage, ont commencé à démonter les installations. « Ils ont fait un campement terrible ! » s’est exclamé l’un d’eux, cigarette à la main.
Dans ce département opposé de longue date au projet ferroviaire, les moyens employés pour stopper la lutte anti-LGV le plus tôt possible sont conséquents. Au total, cent gendarmes ont été mobilisés pour l’intervention. Soit cinq par manifestant.
Certains opposants essaient d’entamer la discussion avec les forces de l’ordre et les techniciens communaux. Parfois avec succès. Une professeure de collège qui se fait appeler Gaïa, vêtue d’un t-shirt siglé « écoterroriste », s’acharne à raisonner les agents intercommunaux :
« Je passe ma vie à me battre. Qu’allez-vous dire à vos enfants ? Que vous laissez des forêts être détruites ?
– Je la détruis pas moi, lui répond l’un d’entre eux.
– Vous nettoyez ce qui participe à la défendre.
– Ça sert à rien de se battre depuis Feugarolles, il faut aller plus haut », conclut-il.
« Baisse ton LBD toi ! »
Pour tenter de défendre la dernière cabane, trois occupants de la zad ont grimpé sur son toit. La Cellule nationale d’appui à la mobilité de la gendarmerie est intervenue pour les « mettre en sécurité » le temps du démontage. D’un coup, la tension monte. « Baisse ton LBD toi ! » s’insurge une opposante perchée dans l’arbre à l’encontre d’un gendarme.
Alors que le démantèlement de la zad se terminait, les trois militants perchés dans l’arbre entonnent des chants activistes face aux gendarmes sur un air d’ukulélé. Ils espèrent remonter une zad sur ce terrain privé, toujours avec l’accord du propriétaire. « Hors période d’été, ils ne pourront plus rien nous dire, non ? » se demande l’un d’eux une fois descendu de l’arbre.
Un référé-liberté a été déposé par le propriétaire du terrain afin de suspendre l’arrêté préfectoral de démantèlement du campement. Il sera jugé jeudi 1ᵉʳ octobre à la cour d’appel de Bordeaux.
Notre reportage en images :