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Santé

Avion, radiologie, crustacés... À quel point êtes-vous exposé à la radioactivité ?

Des maisons devant la centrale nucléaire de Saint-Vulbas (Ain), en 2023.

L’immense majorité de la population reçoit chaque jour une dose de radioactivité, que ce soit via l’imagerie médicale, l’avion ou même les crevettes. L’ASNR propose désormais d’évaluer son propre niveau d’exposition.

Quel est le point commun entre Céleste Cosmos, adepte des voyages en avion ; Manon Radon, habitante d’une vieille ferme en granit dans la Creuse ; Honoré Crustacé, accro aux crevettes et fumeur invétéré ; et Nacim Scanner, obligé de multiplier les radios après une fracture ? Tous les quatre, chacun à leur manière, sont exposés à la radioactivité.

À l’instar de l’immense majorité de la population : d’après un rapport de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), rendu public le 28 septembre, nous recevons chaque année une dose moyenne de 7,1 millisieverts (mSv), avec des différences considérables entre les situations individuelles. À titre de comparaison, la limite réglementaire est de 1 mSv/an pour la population exposée aux activités nucléaires et de 20 mSv/an pour les travailleurs exposés.

« Cette dose provient principalement de l’exposition au radon, pour à peu près 55 %, indique Éric Blanchardon, chargé d’évaluation de la maîtrise des risques radiologiques et nucléaires à l’ASNR. Nous estimons en moyenne une dose par habitant de 3,9 mSv/an, avec une gamme de variations entre 1,4 et 9,4 mSv/an. »

Ce gaz radioactif est très présent en Bretagne, dans le Massif central, la Corse et les Vosges

Ce gaz radioactif sans odeur ni couleur, issu de la désintégration de radionucléides présents dans les sols, est très présent dans certains territoires — la Bretagne, le Massif central, la Corse, les Vosges, certaines vallées alpines et pyrénéennes — où les sols sont riches en uranium et en granite. Sa maison préférée ? La vieille bâtisse construite en pierres locales, avec une cave au sol en terre battue et mal ventilée, où il peut s’accumuler jusqu’à des concentrations dangereuses.

L’enjeu sanitaire est de taille : le radon est la deuxième cause de cancer du poumon après le tabagisme. D’où la recommandation de bien aérer son logement, particulièrement l’hiver, dans les zones à potentiel radon élevé. Ce n’est cependant pas toujours suffisant.

« Si les mesures mettent en évidence des niveaux de concentration qui sont supérieurs à un niveau de référence de 300 becquerels par mètre cube [Bq/m³], à ce moment-là, on recherche les causes, explique Carole Rousse, directrice des rayonnements ionisants et de la santé à l’ASNR. Au-delà de 1 000 Bq/m³, il faut réduire [l’exposition] et faire des travaux de remédiation si c’est possible. »

Scanners et radios dentaires

Le radon n’est pas la seule source de radioactivité qui hante nos lieux de vie. Ces derniers, s’ils sont en haute montagne, peuvent être soumis aux rayonnements cosmiques issus des particules venus de l’espace. La dose liée à ces rayonnements, de 0,3 mSv/an au niveau de la mer, grimpe à 0,8 mSv/an au-delà de 2 000 mètres d’altitude — elle était de 0,82 mSv en 2024 à Tignes (Savoie). Elle s’accroît encore lors de longs trajets en avion. D’autres territoires sont marqués par la présence de rayonnements telluriques à cause des radionucléides naturellement présents dans la croûte terrestre.

Mais le deuxième contributeur reste l’imagerie médicale, qui représente une dose moyenne de 1,6 mSv/an par habitant, avec évidemment de très grandes différences individuelles — une partie de la population ne recevant aucune dose médicale, tandis certaines personnes peuvent recevoir des doses importantes. « Les examens les plus fréquents, de loin, sont ceux de la radiologie conventionnelle, y compris les radios dentaires. Mais les examens qui contribuent le plus à la dose, ce sont les scanners et, dans une moindre mesure, la médecine nucléaire », précise Éric Blanchardon.

« Pour tout ce qui est exposition médicale, c’est toujours du bénéfice-risque »

Faut-il pour autant renoncer aux examens de prévention comme la mammographie de dépistage, recommandée tous les deux ans pour les femmes de 50 à 74 ans ? « Pour tout ce qui est exposition médicale, c’est toujours du bénéfice-risque. Si effectivement la mammographie est proposée à une femme, c’est qu’il y a un bénéfice, et c’est bien pris en compte dans les dépistages des cancers du sein », rassure Carole Rousse.

Non négligeables également, l’alimentation et le tabac, qui représentent 9 % de la dose moyenne, soit 0,65 mSv/an. La dose associée aux coquillages (moules, huîtres) et crustacés (crevettes, crabes), qui concentrent le polonium 210, peut ainsi s’élever à 1,3 mSv/an chez les plus grands consommateurs de fruits de mer (une cinquantaine de kg par an).

Les habitats proches d’une centrale nucléaire

Et l’industrie nucléaire dans tout ça ? Selon l’ASNR, la dose qu’elle représente est extrêmement faible : de 0,0001 à 0,01 mSv/an dans un rayon de 10 km autour d’une installation nucléaire de base (réacteur nucléaire, usine de préparation, de traitement ou de stockage de combustible ou de déchets radioactifs), 0,002 mSv/an dans un rayon de 1 km autour d’un cyclotron (accélérateur de particules utilisé pour la médecine nucléaire et la radiothérapie).

Idem pour les retombées des essais nucléaires et de l’accident nucléaire de Tchernobyl, qui représentent une dose estimée à environ 0,005 mSv/an — 90 % provenant des essais nucléaires atmosphériques et 10 % de Tchernobyl. Avec une vigilance à maintenir dans certaines zones de l’est de la France survolées par le nuage radioactif et encore contaminées au césium 137.

Lire aussi : À Fukushima, « on oublie la radioactivité, puis on se rappelle ; cela s’efface puis cela revient »

« Une personne travaillant en extérieur dans des zones non remaniées peut recevoir une dose plus importante, précise Éric Blanchardon. À cela peut s’ajouter la dose reçue en consommant de la viande de gibier ou des champignons qui ont tendance à concentrer ces radionucléides. »

« Plus la dose est élevée, plus le risque sera élevé »

Le risque est-il pour autant absent ? Une étude publiée en janvier 2012 par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), menée en collaboration avec l’IRSN (devenu plus tard l’ASNR), avait mis en évidence un excès de cas de leucémie chez les enfants de moins de 15 ans résidant dans un rayon de 5 km autour d’une centrale nucléaire. C’est bien là que le bât blesse : rien, dans ces expositions, n’est totalement anodin.

« Aujourd’hui, les données scientifiques disponibles ne permettent pas de déterminer une valeur de dose seuil en dessous de laquelle on pourrait être sûr qu’il n’y a aucun risque. Ce qui veut dire que plus la dose est faible, plus le risque est faible, et plus la dose est élevée, plus le risque sera élevé, rapporte Énora Cléro, épidémiologiste à l’ASNR. Pour les plus faibles doses, il y a un risque de cancer qui est possible à long terme et pour lequel la probabilité d’apparition d’un cancer va diminuer avec la dose. »

D’où ce travail de bilan que mène l’ASNR. Pour le mener à bien, elle s’appuie sur ses données de sa surveillance radiologique de l’environnement : plus de 8 000 prélèvements par an dans l’air, l’eau, les sols, le milieu marin et les denrées, et plus de 50 000 mesures pour le radon. Et si vous voulez savoir si vous vous rapprochez plutôt de Manon Radon ou d’Honoré Crustacé, l’ASNR a développé un questionnaire en ligne pour évaluer votre propre niveau d’exposition.

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